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DOSSIER: POURQUOI FACEBOOK NE SÉDUIT PLUS LES JEUNES ?

Le réseau social le plus utilisé au monde est concurrencé par de nouvelles applis, fun et ludiques, qui séduisent les millennials. Le début de la fin ?

«Facebook, c’est pour les vieux», résume laconiquement Ernest, 17 ans. «Je ne m’en sers plus du tout, sauf pour les messages privés», confirme Lisa, 18ans. «J’ai un compte, mais je ne l’utilise absolument pas», ajoute Clémence, 15ans. Désormais, les ados naviguent sur plusieurs réseaux. Ils communiquent avec WhatsApp, s’informent sur Snapchat ou Twitter, postent des photos sur Instagram et s’amusent avec TikTok, une appli chinoise déjà téléchargée par 800 millions de personnes dans le monde et qui permet de faire et de partager des vidéos de quinzesecondes. A côté de ces applis ludiques et modernes, à 15ans bien tassés, Facebook semble être devenu un vieux réseau qui ne fait pas rêver les «digital natives». «Facebook a vieilli et s’est démocratisé. Quand il est sorti, il incarnait une nouvelle ère, on s’en servait sur l’ordinateur familial. Il s’est fait dépasser parce qu’il ne correspond pas à la dynamique de consommation de contenus très mobile d’aujourd’hui», analyse Nardjisse Ben Mebarek, directrice digitale de l’agence de conseil en innovation et en création NellyRodi.

BIENVENUE SUR VARMEDIAS.FRLes jeunes s’intéressent plus au dernier clip de la chanteuse Angèle sur YouTube, qu’ils se passent en boucle, qu’à l’album photos des vacances de leur tante à Royan sur Facebook. Ils postent d’ailleurs eux-mêmes moins de contenu public qu’avant, mais en regardent beaucoup. Nés avec Internet, la plupart protègent mieux leur vie privée que leurs aînés. «Les ados privilégiés estiment même que trop poster signifie que l’on n’a pas de vraie vie. Dans les milieux populaires, on trouve toutefois beaucoup d’infos personnelles partagées», nuance Nikos Smyrnaios, maître de conférences à l’université de Toulouse et auteur de Les Gafam contre l’Internet : une économie politique du numérique (Editions INA). Au-delà des différences sociales, ados et jeunes adultes déplorent que les posts Facebook restent dans le temps, contrairement aux messages de Snapchat ou aux «stories» Instagram, qui s’effacent au bout de vingt-quatre heures. «Facebook est envahi de pubs et reprend le contenu des autres réseaux sociaux. Il ne propose rien qui m’intéresse. De plus en plus de personnes plus âgées se sont inscrites et cela participe au fait que les jeunes désertent ce réseau», raconte Lisa, lycéenne à Metz, qui n’utilise désormais Facebook que pour communiquer avec sa famille, mais plus vraiment avec ses amis.

En outre, la réputation de Facebook a été mise à mal par une longue succession de scandales en 2018. Son rôle dans l’ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle américaine a été prouvé. Le New York Times et le Guardian ont révélé que la firme Cambridge Analytica, comme d’autres avant elle, a pu se servir des données de millions d’utilisateurs sans leur consentement. Les quotidiens ont dévoilé les accords secrets passés entre le réseau et les fabricants comme Apple pour avoir accès aux données des internautes. Ces faits ont été confirmés par le Parlement britannique. Le réseau a ensuite été accusé de favoriser la discrimination à l’embauche à travers ses options de ciblage publicitaire, qui permettaient, jusqu’à septembre dernier, de publier des offres d’emploi avec des critères de religion, de sexe, d’âge, etc. Le même mois, 50 millions de comptes ont été piratés. Facebook s’est fait montrer du doigt pour avoir gonflé les statistiques de vues de ses vidéos en 2016. Enfin, un bug a rendu accessibles les photos de 6,8 millions de ses utilisateurs à des développeurs d’applications, ce que le réseau a caché durant deux mois.

Bienvenue sur VAMEDIAS«Même si Facebook est énormément critiqué, il n’y a pas tant de défections que cela. Les jeunes qui n’y voient pas d’intérêt et les adultes qui s’en méfient ne ferment pas leur compte pour autant. Le réseau concentre encore énormément de revenus publicitaires», tempère Nardjisse Ben Mebarek, de l’agence Nelly Rodi. Un avis corroboré par les statistiques : 69% des Américains continuent à s’en servir, et ce chiffre n’a pas changé depuis l’année dernière. Il n’y a que dans la tranche d’âge 13-17ans, dont 51% utilisent Facebook, que le réseau se fait désormais dépasser par YouTube, Instagram (propriété de Facebook) et Snapchat. En 2014, il était pourtant le seul réseau utilisé par les ados américains ! En France, ce sont 35 millions de personnes sur 66,9 millions d’habitants qui vont sur Facebook chaque mois. Et, en tout, le réseau compte 2,3 milliards d’utilisateurs dans le monde.

«Face aux nombreuses polémiques, Facebook a opéré un gros revirement de stratégie. Il développe la communication interpersonnelle avec Messenger, dont l’application est désormais séparée de Facebook sur les smartphones, et avec l’appli WhatsApp, qui lui appartient, explique Nikos Smyrnaios. Cela l’expose moins aux fake news et à la propagande.» L’algorithme de Facebook privilégie depuis janvier 2018 les contenus produits au sein des «groupes» plutôt que des «pages», car ils renvoient à une communication entre individus avec un centre d’intérêt commun plus qu’à une communication publique. Bref, si Facebook semble bel et bien ringard aux yeux des plus jeunes, il ne faut toutefois pas l’enterrer tout de suite.

Facebook a vieilli et son public aussi. En neuf ans, la proportion d’utilisateurs âgés de 55 à 64 ans a doublé et celle des plus de 65 ans a triplé.

A l’inverse, les jeunes s’en éloignent doucement : le réseau enregistre une baisse de près de 7% chez les 18-24 ans.

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